Dialectes en France

Le français comme langue officielle

La victoire du français comme langue officielle sera consacrée le 15 août 1539 par François 1er, lors de l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui stipule que désormais tous les actes administratifs seront passés en français. Cette mesure, prise autant pour faciliter le travail de l’administration, dont certains membres ignoraient le latin, que pour imposer la langue du roi dans les provinces, fit du français la langue de l’Etat.

Et afin qu’il n’y ait cause de douter sur l’intelligence desdits arrests, nous voulons et ordonnons qu’ils soient faits et escrits si clairement, qu’il n’y ait ne puisse avoir aucune ambiguïté ou incertitude, ne lieu à demander interprétation. (article 110)

Et pour ce que de telles choses sont souvent advenues sur l’intelligence des mots latins contenus esdits arrests, nous voulons d’oresnavant que tous arrests, ensemble toutes autres procédures […] soient prononcez, enregistrez et delivrez aux parties en langaige maternel françois et non autrement. (article 111)

L’officialisation du français par l’ordonnance de Villers-Cotterêts a joué en faveur de l’extension du français, faisant franchir un pas décisif à cette langue, non seulement par rapport au latin, mais par rapport aux dialectes. Toutefois cette ordonnance n’avait fait que remplacer une langue écrite, le latin, par une autre langue écrite, le français, et les notaires avaient souvent simplement pris l’habitude de rédiger en français les testaments de gens qui continuaient à parler patois, comme en témoignent, en plein XVIIe siècle, les aventures arrivées à Racine et à La Fontaine.

« Racine raconte ainsi son voyage à Uzès dans une lettre de 1661 à son ami La Fontaine : “J’avais commencé dès Lyon à ne plus guère entendre le langage du pays, et à n’être plus intelligible moi-même. Ce malheur s’accrut à Valence, et Dieu voulut qu’ayant demandé à une servante un pot de chambre, elle mit un réchaud sous mon lit. Vous pouvez imaginer les suites de cette maudite aventure, et ce qui peut arriver à un homme endormi qui se sert d’un réchaud dans ses nécessités de nuit”. Le voyage se poursuit et, à Uzès, il ne comprend tout d’abord rien à ce qui se dit autour de lui. Au bout d’un certain temps, il reconnaît dans ce qu’il entend quelque chose qui ressemble à un mélange d’italien et d’espagnol, et il parvient alors à établir la communication ». (Henriette Walter, Le français dans tous les sens, Paris, Robert Laffont, 1988 : 105).

« A la même époque, La Fontaine, au cours de son voyage en Limousin, est un peu perdu dans les environs de Bellac : “Comme Bellac n’est éloigné de Limoges que d’une petite journée, nous eûmes tout le loisir de nous égarer, de quoi nous nous acquittâmes fort bien et en gens qui ne connaissaient ni la langue, ni le pays” » (op. cit. : 105).

Un siècle plus tard, à la veille de la Révolution, la situation n’a guère changé comme le montre Thomas Jefferson dans une lettre adressée à William Short le 27 mars 1787.

L’invention de l’imprimerie au XVIe siècle marque, certes, une date importante, car elle contribua beaucoup à diffuser la langue officielle. Cependant, dans une France majoritairement rurale (85% de la population jusqu’au milieu du XIXe siècle), qui n’éprouve pas le besoin d’une communication hors de la communauté locale, les patois résisteront très longtemps car la véritable politique, visant à faire du français la langue de tous les Français, ne commencera qu’à la fin du XVIIIe siècle, avec la Révolution qui considérera qu’à une patrie unique doit correspondre une langue unique.

Pour les révolutionnaires, le peuple doit avoir accès au français, senti comme l’apanage des classes dominantes tandis que les idiomes régionaux apparaissent comme des obstacles à la propagation des idées révolutionnaires.

Le Rapport de l’abbé Grégoire à la Convention, daté du 16 prairial an II, et intitulé Rapport sur la nécessité de détruire les patois, donne un aperçu de la situation linguistique de la France telle qu’elle ressort de l’enquête lancée durant les années 1790 et 1791.

On peut assurer sans exagération qu’au moins six millions de Français, surtout dans les campagnes, ignorent la langue nationale ; qu’un nombre égal est à peu près incapable de soutenir une conversation suivie ; qu’en dernier résultat, le nombre de ceux qui la parlent purement n’excède pas trois millions, et probablement le nombre de ceux qui l’écrivent correctement encore moindre.
Ainsi, avec trente patois différents, nous sommes encore, pour le langage, à la tour de Babel, tandis que, pour la liberté, nous formons l’avant-garde des nations. (Lettres à Grégoire sur les patois de France 1790-1794. Documents inédits. Genève, Slatkine Reprints, 1969 : 293).

Il fallut attendre la 3ème république pour qu’aboutisse ce programme d’éradication des dialectes avec la loi de 1881, appelée loi Camille Sée, qui crée un enseignement secondaire laïc à l’usage des jeunes filles, et celle, surtout, de 1882, loi Jules Ferry, qui institue l’école primaire, gratuite, obligatoire et laïque. L’usage des langues régionales est interdit à l’école, même pendant les récréations, et l’enfant surpris à parler patois reçoit une punition. Dans les campagnes cependant, une fois rentré à la maison, l’enfant retrouve ses parents et ses grands-parents et, avec eux, le patois. En 1914 les régiments constitués par régions durent rapidement, devant l’immensité des pertes, être recomposés avec des hommes venus de toutes les provinces et qui peinèrent à s’exprimer en français, langue apprise à l’école primaire et peu pratiquée.

La disparition des dialectes a aussi été accélérée par l’exode rural, qui date de l’expansion industrielle du milieu du XIXe siècle. La diffusion de la radio, puis de la télévision, vont achever de généraliser l’usage du français standard.

Les deux causes majeures de la disparition presque totale des dialectes restent l’institution d’un enseignement primaire obligatoire et la généralisation de la radio et de la télévision.

Lire la suite:

http://cle.ens-lyon.fr/plurilangues/les-francais-et-leurs-langues-enquetes-sur-les-patois-dialectes-et-mots-regionaux-132848.kjsp?RH=CDL_PLU120000

Langues régionales : la France ou la tour de Babel ?

78 langues régionales vont bientôt être reconnues : l’occitan, le breton, l’arabe dialectal, l’arménien occidental… Tant pis pour l’unité nationale

L’affaire est entendue : sauf surprise, la France va ratifier la Charte européenne des langues régionales. L’Assemblée nationale a largement voté en faveur d’une modification de la Constitution et le Sénat s’apprête à en faire autant. Si les trois cinquièmes des suffrages sont atteints dans les deux chambres, la voie sera ouverte à la convocation du Congrès. Le texte a été soigneusement ficelé pour éviter les écueils juridiques et faire en sorte que le Conseil constitutionnel ne retoque pas le texte. En 1999, les sages avaient en effet estimé que le projet proposé à cette époque portait atteinte à l’indivisibilité de la République et était en contradiction avec l’article 2 de la Constitution. Celui-ci précise que le français est la langue de la République. Donc, soyons rassurés : même au fond du Finistère, du Pays basque ou dans le 93, on devra vous parler français au bureau de poste. Ouf !

Malgré les précautions prises, et sans vouloir caricaturer, le gouvernement met le doigt dans un engrenage inutile et dangereux. Au moment où l’énergie nationale devrait être mobilisée pour sortir le pays de l’ornière, est-ce bien le moment de brandir ce qui divise plutôt que ce qui réunit ? De transformer une richesse culturelle, d’ailleurs bien ténue, en machine politique ?

L’usage des langues régionales n’a, en réalité, cessé de se rétrécir comme peau de chagrin. Le nombre de locuteurs bretons en France est à peu près égal à celui des Indiens Navajo aux États-Unis. Pour des raisons politiques, les croisés des langues régionales gonflent les chiffres artificiellement. Il suffit de savoir prononcer trois mots dans un dialecte quelconque pour être aussitôt répertorié “locuteur”.

Un souvenir personnel : dans le village périgourdin berceau de ma famille, tout le monde s’exprimait jadis dans le patois local, un avatar de la langue d’oc. Chez le boucher, le boulanger, au bistrot, on n’entendait pas un mot de français. Tout cela est terminé. Il n’y a d’ailleurs plus de boucher, plus de boulanger, et le français est devenu la langue d’usage pour les rares habitants qui restent…

En Catalogne, au Pays basque espagnol, en Flandre, en Écosse, les germes du séparatisme progressent. Le morcellement de la souveraineté n’est pas nécessairement un progrès. L’Europe ne peut se construire que sur un socle solide et il n’en existe qu’un pour l’instant : celui des nations. La France est jusqu’à présent épargnée par le virus de la fragmentation : rois, empereurs, républiques ont tous eu le souci permanent depuis mille ans de préserver l’unité française. Donner des armes et des arguments aux agités régionalistes n’est pas un bon moyen de la renforcer.

Quelle:

http://www.lepoint.fr/monde/ou-va-le-monde-pierre-beylau/langues-regionales-la-france-ou-la-tour-de-babel-31-01-2014-1786293_231.php

Carte linguistique interactive de la France

http://www.lexilogos.com/france_carte_dialectes.htm

carte de la France

Patois et dialectes de la vieille France sauvegardés grâce au phonographe ?

En 1910, une société de philologues s’avise que, en plus d’un point, les patois de nos anciennes provinces sont en train de se perdre, et, armée de l’appareil à la fidélité duquel on peut se fier, s’apprête à entreprendre une « tournée » d’un genre particulier, en ayant recours au phonographe qui a déjà enregistré, pour la postérité, les voix d’or des chanteurs et des cantatrices célèbres

Ses membres, pendant qu’il en est encore temps, les recueilleront, ces patois, de la bouche des paysans conservant encore l’idiome ancestral, avec l’accent, qui leur donne leur physionomie propre. Ces dialectes, ces patois, par lesquels une race affirme son caractère particulier et qui ont une existence séculaire, disparaissent-ils vraiment, dans l’uniformité qu’amènent, en notre pays si varié d’aspects et de traditions, les facilités de plus en plus grandes de communication ?

Il faut bien le croire, écrit Jean Frollo, du Petit Parisien, puisque les philologues, étudiant spécialement la question, l’assurent. Il semble, du moins, que dans les régions qui ne gravitent pas autour d’une grande ville, nos patois aient encore la vie dure pour longtemps.

Et ne serait-il pas dommage qu’on les abandonnât, avec leur pittoresque, et, souvent, leurs heureuses trouvailles d’expression, qui ne sauraient avoir un équivalent dans une langue plus pure et plus savante. On se rappelle le joli couplet, dans une pièce de Maurice Donnay, sur la patrie : « La patrie, c’est des paysages que l’on a vus tout enfant… c’est des choses intimes, des souvenirs, des coutumes… c’est une vieille chanson. » Il aurait pu ajouter : « C’est un mot de patois tout à coup entendu. »

De l’attendrissement tient dans quelque phrase de la langue populaire parlée en un petit coin de France. Il faut toujours en revenir à la bonne formule de Félix Gras, défendant l’esprit particulariste, naguère imprudemment attaqué : « La France avant tout, et par-dessus tout. Mais j’aime ma province plus que ta province, j’aime mon village plus que ton village. » On a compris, heureusement, que l’amour des petites patries ne faisait que fortifier l’amour pour la grande. Tout le monde doit savoir le français correctement, mais, dans les relations entre gens qui ont la même origine, le patois a sa raison d’être. Il a des familiarités, il a, d’aventure, des « raccourcis », des nuances, où il y a un peu de l’âme d’un pays.

Je me souviens, écrit notre chroniqueur, qu’un artiste, qui a fait son chemin, me contait les tristesses de son arrivée à Paris, où il ne connaissait personne. Il était pauvre, il s’effrayait de toutes les difficultés qu’il trouvait, il était d’ailleurs un peu rude encore, venant de ses montagnes d’Auvergne. Il éprouvait, un jour, un profond découragement de son isolement, quand, traversant le jardin du Luxembourg, il entendit une femme, assise sur un banc, qui chantonnait en berçant son enfant :

Som, som, beni, beni,
L’efontou bou pas durmi.

Cette berceuse, c’était un écho du pays natal. Il tressaillit. Pour un instant, il n’était plus seul. Il revit, par la pensée, le village d’où il était parti, pour conquérir Paris, lui aussi. Il rêva ; il rêva d’y revenir célèbre. Ses réflexions reprirent un tour viril, il rassembla son courage ; il pensa à des démarches nouvelles à tenter. « Je crois bien, me disait-il en souriant, que c’est cette chanson en patois qui m’a sauvé. »

Le patois (car je ne parle pas des véritables langues, le breton, le provençal, le flamand, le basque, qui subsistent en France, précise Jean Frollo), c’est le français en déshabillé. Il garde souvent la trace des idiomes primitifs qui ont concouru à la formation de la langue officielle ; il correspond à des besoins locaux, et, avec ses archaïsmes curieux, il a presque toujours une grande puissance d’expression.

« Où le français ne peut atteindre, le gascon y arrive sans peine », disait, avec un peu de vantardise, Montaigne, qui, d’ailleurs, fut un des créateurs du français définitif. Le patois a eu, au demeurant, ses défenseurs, les uns parce qu’ils y trouvaient des mines de richesses historiques, les autres pour des raisons sentimentales, voyant là les vivantes reliques de l’esprit de nos pères. Les raisons historiques d’étudier les patois abondent : ne gardent-ils pas le souvenir des invasions successives, la langue des envahisseurs se mêlant à celle des envahis, s’absorbant, plutôt, en celle-ci ?

Et combien de particularités curieuses ! Dans le Midi, il n’est pas rare de voir deux villages voisins avoir chacun un patois distinct. Dans la Gironde, quelques bourgs, formés de l’ancien pays de Garacherie, parlent le patois saintongeois. Par suite d’anciens rapports politiques, les paysans des environs de Nancy et ceux des environs de Bouillon ont un semblable idiome, bien que ces villes soient éloignées l’une de l’autre.

Du wallon et du lorrain au périgourdin et au béarnais, la France compte une trentaine de patois différents, qui ont eux-mêmes leurs variétés. Déjà César avait été frappé de la diversité de langage dans l’ancienne Gaule.

Il est excellent de recueillir par le phonographe, pour l’avenir, ces idiomes locaux, ajoute notre journaliste, mais ce seraient des témoignages un peu frustes, sans les commentaires nécessaires. Nodier disait que si les patois n’existaient plus, il faudrait des académies tout exprès pour les retrouver. Mieux vaut s’occuper d’eux pendant qu’ils vivent encore. Il serait à souhaiter qu’on fît partout ce qu’a entrepris Charles Beauquier pour la Franche-Comté, avec sa méthode, et aussi avec sa tendresse pour les restes d’un passé menacé. La faune et la flore populaires, les traditions, les contes, toutes les particularités d’usage et de langue sont l’objet de ses soins attentifs.

Le patois est là fort riche. Le bétail intéresse particulièrement les paysans, comme il est naturel : il n’y a pas moins d’une cinquantaine de mots pour désigner le bœuf dans tous ses états de forme, d’âge, de couleur, et il y en a bien une centaine pour la vache. La traduction française ne donnerait pas une telle précision.

Rien que pour désigner l’état morbide des animaux, le vocabulaire que fournit le patois est considérable : un airot pour une bête qui, sans être précisément malade, n’engraisse pas ; un ajoumi pour un bœuf qui a trop mangé ; un asorodot, pour un bœuf qui a des grosseurs ; une équevolette, pour une vache qui a la queue coupée ; une grésille, pour une vache qui est, en somme, une mauvaise acquisition, etc. L’usage a fait vraiment une nécessité de ces expressions, qui ne seraient pas remplaçables.

Au début du XIXe siècle, nous apprend encore Le Petit Parisien, une enquête officielle fut faite sur les patois, exclusivement parlés, alors, par six millions de Français. L’idée était bonne, mais ce fut une enquête singulièrement menée. Elle fut confiée aux préfets, mais au lieu de les laisser libres de faire un rapport sur ce que les idiomes locaux présentaient de plus caractéristique, on leur imposa une sorte de thème, la parabole de l’Enfant prodigue, de sorte que, pour arriver à remplir les conditions du programme, on dut plier les patois à une manière d’exercice littéraire pour lesquels ils n’étaient pas faits, et ce travail fut fort artificiel.

De tous les côtés de la France arrivèrent ces « devoirs » laborieusement faits : « Un homme avait deux fils », etc, ce qui devint, selon les régions : — Ou sartin zoumou ave deu gaçon (Ain) — Ou n’oum avo deu s’afan (Ardennes) — Un onome obiou dous effons (Aveyron) — In homme avait deux fail (Charente), etc.

C’était un jeu un peu puéril. On a, heureusement, aujourd’hui, d’autres procédés d’investigation, et on prend un peu plus au sérieux l’étude de ces patois, qui permet d’apprendre beaucoup de choses intéressantes sur notre pays.

Quelle:

http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article7264

Onze idées reçues sur les langues régionales

Sujet aussi passionnel que mal connu en France, les langues régionales sont l’objet de nombreux a priori. Voici quelques idées reçues qui circulent à leur sujet.

1. Plus personne ne les parle

FAUX On confond parfois régression et disparition. Selon l’Insee, environ 3,5 millions de personnes utilisent régulièrement une langue régionale. Le problème est que la transmission se fait de plus en plus mal. Avant 1930, une personne sur quatre parlait une langue régionale avec ses parents. Une proportion tombée à… 3 % dans les années 1980 et 1990. De surcroît, elles sont surtout pratiquées par les plus de 50 ans. Elles suscitent toutefois de plus en plus d’intérêt chez les jeunes.

2. Elles n’ont pas un grand intérêt

FAUX. Comme le rappelle la linguiste Henriette Walter dans son excellent ouvrage Aventures et mésaventures des langues de France (Editions Honoré Champion, 2012), “le basque est l’une des langues les plus anciennes d’Europe”, “le breton est une langue celtique”, qui nous rattache à notre passé gaulois. Quant au peu connu francique lorrain, encore en usage en Moselle, il est l’idiome le plus proche de la langue que parlait Clovis.

La plupart des langues régionales parlées sur le territoire français sont issues du latin. C’est le cas non seulement des langues d’oc, au sud, mais aussi des langues d’oïl, au nord, ou encore du francoprovençal, du catalan et du corse.

Mais la France possède aussi une langue celtique, le breton, trois langues germaniques (l’alsacien, le flamand et le francique lorrain – ou platt), une langue non indo-européenne: le basque.

Au total, on compte ainsi en métropole une vingtaine de langues régionales. Il est difficile de donner un chiffre précis, car un débat existe pour savoir si les langues d’oc – le provençal, le languedocien, l’auvergnat, etc – forment une seule langue, qu’on appellerait l’occitan, ou plusieurs. Henriette Walter estime par exemple que le gascon, “qui se différencie très nettement des autres langues d’oc”, doit être considérée comme “une langue à part”.

3. Le français est supérieur aux langues régionales

FAUX. Linguistiquement, le français est, au départ, une simple langue d’oïl, cousine du normand ou du champenois. Il est devenu notre langue nationale tout simplement parce c’était la langue du pouvoir. Pour le dire d’une formule, le français est une langue régionale qui a réussi ! “Le français était au départ un dialecte comme les autres, mais il était celui du roi, confirme le linguiste Claude Hagège… C’est par volonté politique, et non en fonction de ses qualités linguistiques, qu’il a été imposé au pays. Les langues régionales, poursuit-il, possèdent une richesse au moins comparable, sinon supérieure, au français. Ainsi, en poitevin, subsiste le genre neutre, en plus du masculin et du féminin. Et en gascon, l’imparfait du subjonctif continue d’être pratiqué, même à l’oral.”

Le mouvement d’unification linguistique du pays s’est accompagné de ce qu’il faut bien appeler une propagande. Pour asseoir “sa” langue, le français, l’Etat a longtemps présenté comme de vulgaires patois sans intérêt des langues comme le corse, le breton ou le béarnais. Cette propagande a d’autant mieux réussi que rares sont les Français à disposer de connaissances sur les langues régionales – il est vrai que l’on a rarement cherché à leur en donner. Même les locuteurs se sont peu à peu persuadés de leur infériorité! Jusqu’à les présenter eux-mêmes comme des “patois”, définis ainsi par le Petit Robert : “parler local, dialecte employé par une population généralement peu nombreuse, souvent rurale, et dont la culture, le niveau de civilisation sont jugés comme inférieurs à ceux du milieu environnant.”

Ce qui est vrai, bien sûr, c’est que la plupart des grands auteurs nés sur le territoire français se sont exprimés en français, puisque c’était la seule langue enseignée et valorisée. Même si les parlers d’oc, en particulier, ont toujours disposé d’une littérature assez riche. Le poète provençal Frédéric Mistral a même été couronné par le prix Nobel de littérature (1904).

4. Elles sont condamnées par la mondialisation

PAS SÛR. Les langues régionales peuvent aussi présenter un intérêt économique. Les Alsaciens commercent plus facilement avec les Allemands, les Basques et les Catalans avec leurs cousins situés en Espagne. Et, selon certains chercheurs, le succès de l’économie bretonne repose en partie sur la capacité de cette région à défendre et à valoriser son identité locale.

Par ailleurs, les langues régionales représentent en soi une richesse culturelle souvent sous-évaluée. Le breton nous rattache ainsi à notre passé gaulois. Les langues régionales possèdent par ailleurs une riche littérature puisque la plupart d’entre elles sont des langues écrites, ce qui n’est le cas que d’environ 200 des 6700 langues recensées dans le monde.

Plus fondamentalement encore, une langue ne sert pas seulement à communiquer. Elle exprime aussi un rapport au monde, une manière de penser. A ce titre, les langues régionales représentent “l’une des grandes richesses culturelles de la France”, selon Claude Hagège. Pour le comprendre, il suffit de se demander comment les Français réagiraient si, dans quelques décennies, sous prétexte “d’efficacité”, l’Europe interdisait de transmettre la langue française à l’école de la République et y imposait l’anglais comme langue unique.

5. Les enseigner à l’école est inutile: mieux vaut apprendre l’anglais

FAUX. Les deux démarches ne sont pas contradictoires. Tous les linguistes le disent: connaître, dès son jeune âge, une deuxième langue permet d’en apprendre plus facilement d’autres ensuite. De plus, il existe des passerelles évidentes entre langues régionales et langues étrangères: un locuteur alsacien apprendra très facilement l’allemand; un Flamand le néerlandais, un Corse l’italien, etc.

6. Elles sont désormais reconnues en France

PAS VRAIMENT. Il est exact qu’elles ne sont plus combattues comme elles l’ont été après la Révolution française, lorsque l’abbé Grégoire rédigeait son rapport sur “la nécessité et les moyens d’anéantir les patois”. Il est exact aussi qu’à l’école, l’enfant surpris en train de parler corse ou breton ne subit plus de réprimande, comme ce fut le cas sous la IIIe République. Certaines mesures positives ont même été prises en leur faveur. Elles sont ainsi enseignées quelques heures par semaine dans certaines classes, voire en immersion complète dans des écoles associatives (Ikastolas au Pays basque, Diwan en Bretagne, etc). Elles bénéficient de (rares) créneaux horaires à la radio et à la télévision et elles ont même fait leur apparition en 2008 dans la Constitution au titre (Article 75-1 : “Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France”)

Mais, comme on le constate dans la pratique, cette politique est largement insuffisante si l’on souhaite vraiment les sauver. Il suffit d’observer la situation du catalan, florissant en Espagne et moribond en France. Il est vrai qu’au sud de la frontière, son usage est imposé (et exclusif) sur les panneaux de signalisation routière (sauf sur les autoroutes), à l’université (pour la majorité des cours) et sur certaines chaînes de télévision. Des mesures qui feraient sans doute sursauter chez nous.

7. Si les langues régionales régressent, c’est parce que plus personne n’a envie de les parler

VRAI ET FAUX. Il est incontestable que de nombreux parents ont choisi volontairement de ne plus parler gascon ou flamand à leurs enfants. Mais pourquoi ? Parce qu’ils pensaient ainsi favoriser leur réussite scolaire et sociale, seul le français étant enseigné et exigé pour trouver un emploi. Il en aurait été différemment s’ils avaient été en usage dans les administrations et les entreprises.

Car le facteur économique joue un rôle considérable dans la dynamique des langues. Des peuples ont souvent changé d’idiome pour cette seule raison, comme le montre cet exemple donné par l’université de Laval, au Québec. “L’un des cas les plus connus de mutations linguistiques successives concerne celui des Kamasins. Ce peuple de Sibérie a changé de langue trois fois en 50 ans! En effet, les Kamasins parlaient originellement une langue samoyède (le kamasin); ils ont commencé à parler le turc vers 1840 et ne parlaient plus que cette langue 20 ans plus tard; à partir de 1890, les Kamasins avaient déjà abandonné le turc pour le russe.”

Les biscuits et les gâteaux de France

8. Dans un pays, il ne peut y avoir qu’une seule langue

FAUX. Il existe environ 6800 langues dans le monde, sachant qu’il y a 193 membres à l’ONU. On compte donc en moyenne 35 langues par Etat. Une cinquantaine de ces Etats sont officiellement multilingues, comme la Belgique ou l’Espagne.  Ce qui est vrai, c’est que les Etats tendent à adopter une langue unique, pour des raisons d’efficacité économique et d’unité politique. Quant aux pays qui pratiquent le multilinguisme, ils le font rarement pour des raisons philosophiques, mais pour préserver la paix sociale: le Québec a arraché des mesures en faveur du français car le Canada craignait la partition du pays.

9. La disparition des langues régionales est inéluctableVRAI ET FAUX. Il existe une tendance incontestable au déclin des langues dans le monde. Selon Claude Hagège, il en existait environ 10 000 à la fin du Moyen Âge (avant la colonisation européenne). A l’heure actuelle, l’humanité en perd environ une tous les quinze jours. Mais ce mouvement connaît des exceptions notables. Les langues régionales ne sont pas menacées en Suisse pour la bonne et simple raison que l’allemand, le français, l’italien et le romanche sont toutes considérées comme des langues… nationales ! Le catalan, on l’a dit, mais aussi le basque se portent beaucoup mieux en Espagne qu’en France. Leur situation dépend donc pour l’essentiel des mesures dont elles bénéficient dans chaque pays.

10. Les langues régionales alimentent les sentiments indépendantistes

OUI ET NON. Oui, dans la mesure où la langue est un attribut essentiel de l’identité. C’est parce que la France est un pays composite, réunissant des Basques et des Alsaciens, des Corses et des Flamands, des Auvergnats et des Normands, qu’elle s’est dotée d’un Etat fort et qu’elle a toujours cherché à effacer les particularismes régionaux. A l’inverse, assimiler tous les amoureux des langues régionales à des poseurs de bombes serait aller un peu vite en besogne. Nombre d’entre eux souhaitent simplement qu’elles ne se perdent pas. Des pays comme la Suisse ou la Finlande (où réside une importante minorité suèdophone) montrent que le multilinguisme ne s’oppose pas toujours à l’unité nationale.

11. La défense des langues régionales oppose la droite et la gauche

FAUX. Des parlementaires des deux bords travaillent ensemble sur cette question à l’Assemblée nationale et au Sénat. Et elles comptent dans chaque camp des partisans et des adversaires.  A gauche, le très jacobin Jean-Luc Mélenchon ne les apprécie guère tandis que François Hollande souhaite la ratification de la charte européenne des langues régionales.  A droite, le député UMP Marc Le Fur les défend avec ferveur, alors que Nicolas Sarkozy a déclaré : “Quand on aime la France, on ne propose pas de ratifier la charte des langues régionales”. Leurs meilleurs défenseurs se trouvent chez les écologistes (qui passent régulièrement des alliances avec les partis régionalistes) et chez François Bayrou, lui-même béarnophone.

Quelle:

http://www.lexpress.fr/region/onze-idees-recues-sur-les-langues-regionales_1099691.html

Vidéo:

Vidéo:

http://www.ina.fr/video/RAC02006484

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http://www.ina.fr/video/I07024154

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