Le Multilinguisme en Belgique

Bilinguisme officiel

L’année 1873 constitue une date importante, car elle marque la reconnaissance, au plan juridique, du bilinguisme dans le royaume de Belgique. Après 1919, la grande majorité des Flamands souhaitent que le néerlandais soit utilisé comme langue dans l’administration, l’enseignement et les universités. D’où le compromis de la « partition linguistique de 1921 ». Le gouvernement reconnaît l’unilinguisme territorial et crée trois régions linguistiques : la Flandre où l’on parle le néerlandais, la Wallonie où l’on parle le français et la région de langue allemande.

A partir des années 60, les querelles communautaires entre Flamands et Wallons se multiplient : des voix s’élèvent au sud du pays pour demander plus d’autonomie pour la Wallonie en matière économique, alors que les revendications flamandes de l’époque portent surtout sur des questions culturelles. Interruption des hostilités en 1962 avec le vote des lois Gilson, qui fixent une fois pour toutes la frontière linguistique entre la Flandre et la Wallonie et prévoient également des «accommodements» pour les Flamands et les Wallons résidant dans des communes mixtes, également appelées «communes à facilités».

Unilinguisme territorial

L’affaire de la scission de l’Université Catholique de Louvain en 1967 débouche sur une grave crise politique. Il faudra attendre les réformes constitutionnelles de 1970-1971 puis celles de 1980 pour transformer la Belgique en un État communautaire et régionalisé, puis celles du 1er janvier 1989 et du 15 février 1994 pour en faire un État fédéral. Le principe de la séparation territoriale des langues est désormais scellé par la division du pays en quatre zones linguistiques.

La Belgique compte aujourd’hui trois langues officielles : le néerlandais, le français, l’allemand ; trois communautés (la Communauté française, la Communauté néerlandaise et la Communauté germanophone) et trois régions (la Région flamande, la Région wallonne et la Région de Bruxelles-Capitale). En 1980, les compétences des régions ont été définies : aménagement du territoire, logement, politique économique. L’enseignement fait partie des prérogatives communautaires depuis 1988. En 1993, le gouvernement fédéral leur attribue l’agriculture, le commerce extérieur, les programmes sociaux et augmente les moyens financiers des gouvernements et Parlements communautaires et régionaux. Depuis 2001, ces compétences financières ont encore été renforcées.

On estime que sur 10 millions d’habitants, 60% sont néerlandophones et 40% francophones. Une minorité d’environ 67.000 personnes parlent la troisième langue, l’allemand. A l’heure actuelle, tandis que les partis francophones plaident pour un statut quo institutionnel, les partis flamands, forts du dynamisme économique de la région Flandre sont poussés par leur parti d’extrême droite. Le plus important d’entre eux, la coalition anti-immigration Vlaams Blok s’est vu interdire suite au jugement en novembre 2004 de la Haute Cour de Justice belge la qualifiant groupe criminel incitant aux discriminations et au racisme. Le parti fut recréé sous le nom de Vlaams-Belang, obtient toujours près de 30% des voix et s’obstine à réclamer toujours plus d’indépendance pour la Flandre, plaidant même pour le séparatisme. Et si la Belgique connaît des problèmes avec seulement trois langues, comment l’Europe pourrait-elle réussir avec 20 ?

Des langues à part

La France, dont la seule langue officielle est le français, consacre dans la loi Toubon de 1994, le caractère obligatoire de l’enseignement en français. Des idiomes régionaux comme le breton et le corse, enseignés dans certains établissements scolaires, ne disposent donc pas de reconnaissance officielle et la France refuse toujours de ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires qui consacre le droit imprescriptible de pratiquer une langue régionale dans la vie privée et publique. En Espagne, la Constitution de 1978 reconnaît comme langues co-officielles dans les régions le catalan, le basque et le galicien, à égalité avec le castillan. De même, au Royaume-Uni, le gaëlique écossais est reconnu comme la langue officielle en Ecosse, le gallois au Pays de Galles. Tous ces idiomes régionaux sont enseignés dans les écoles et utilisés dans l’administration aux côtés de l’anglais.

Source:

http://www.cafebabel.fr/culture/article/la-belgique-laboratoire-linguistique.html

Quel rôle joue le multilinguisme ?

La Commission européenne promeut le multilinguisme. Son objectif est que tous les citoyens européens apprennent deux langues outre leur langue maternelle. Que pensez-vous de cette approche ?

La diversité linguistique est une catastrophe si elle ne s’accompagne pas de multilinguisme. Qu’il s’agisse d’une ville ou d’un continent, on ne peut bien vivre ensemble que si on partage une ou plusieurs langues. Même si elle ne se permet pas de le dire aussi franchement, la Commission sait, qu’un multilinguisme efficace à l’échelle européenne doit inclure la compréhension par tous d’une même lingua franca et que cette lingua franca, pour des raisons historiques et non linguistiques, est et restera l’anglais. Mais elle sait aussi que le partage d’une lingua franca n’est pas un substitut parfait à la connaissance de la langue de l’autre.

En Belgique par exemple, si un Wallon parvient à communiquer avec un Flamand parce qu’ils ont chacun appris l’anglais, c’est mieux que si, faute de langue commune, ils ne parlent jamais l’un avec l’autre et se contentent de parler l’un de l’autre. Mais c’est bien mieux encore pour le Wallon de manifester aux Flamands le respect qu’il a pour eux et pour leur langue en faisant l’effort d’apprendre le néerlandais et de le parler — et réciproquement. L’objectif langue maternelle plus deux est donc un objectif louable.

Mais même dans un pays comme la Belgique qui compte trois langues officielles différentes de l’anglais il est bien difficile à atteindre : selon le dernier Eurobaromètre spécial Langues (2012) seuls 20 % des Wallons parlent plus qu’un néerlandais élémentaire. Dans toute l’Europe continentale, nous nous acheminons aujourd’hui rapidement vers un bilinguisme généralisé avec l’anglais. Mais en dehors de cas particuliers comme la région bruxelloise ou le Grand-Duché de Luxembourg, le trilinguisme généralisé restera l’apanage de personnes issues de l’immigration qui parviennent — comme c’est souhaitable — à conserver leurs langue d’origine et d’une élite instruite capable et désireuse d’apprendre une ou plusieurs autres langues.

L’allemand : petite ou grande langue ?

En Belgique, l’allemand est considéré comme une langue minoritaire, mais avec environ 100 millions de locuteurs, elle est la langue la plus parlée dans l’Union. Quel avenir voyez-vous pour l’allemand dans votre pays et en Europe ?

Le site languageknowledge.eu décompose utilement les données linguistiques de l’Eurobaromètre. On peut y voir que l’allemand n’est plus la langue la plus connue de l’Union. En tant que langue maternelle, en revanche, l’allemand est encore la langue maternelle la plus répandue de l’Union, mais il est en régression rapide. En tant que langue maternelle des Européens de moins de 40 ans, l’anglais l’a déjà rattrapé et le français n’est pas loin. Il n’est donc pas certain que l’allemand puisse conserver son rang actuel parmi les langues de l’Europe et du monde. Il ne pourra le faire que si l’Autriche, la Suisse et surtout bien sûr l’Allemagne parviennent à compenser la baisse démographique des germanophones de souche grâce à l’accueil sur leur territoire d’un grand nombre d’immigrants et à l’acquisition par ceux-ci de la langue officielle de ce territoire.

Je soutiens dans mon livre qu’il est légitime d’accorder un privilège, en plus de l’anglais, à l’allemand et au français, et cela moins pour représenter les deux principales familles linguistiques de l’Union européenne que pour reconnaître le rôle décisif qu’ont joué l’Allemagne et la France dans le processus inédit dont les institutions européennes sont issues.

En Belgique l’allemand représente moins de 0,5 % en tant que langue maternelle mais occupe une robuste troisième place, après l’anglais et le français mais avant le néerlandais, en tant que langue apprise. Cette belle performance, il ne la doit guère au fait d’être une des langues officielles de la Wallonie et donc de la Belgique, mais bien davantage à sa proximité linguistique avec le néerlandais. L’avenir, ici, dépendra certainement de l’ampleur des échanges économiques avec l’Allemagne. Il dépendra aussi de la confirmation de la Communauté germanophone en tant que quatrième deelstaat de la fédération belge et de sa capacité d’user de ce statut pour dynamiser son économie et accroître sa population. Et il dépendra enfin du développement continu de la société civile pan-européenne présente à Bruxelles, et donc en particulier de la présence active dans la vie culturelle et sociale bruxelloise de personnalités et d’institutions issues des deux Etats-membres germanophones de l’Union, à commencer par le Goethe-Institut.

La langue, un critère identitaire ?

La langue n’est pas qu’un moyen de communication, elle exprime aussi l’identité. En France, traditionnellement et théoriquement, chaque Français doit maîtriser la langue nationale. L’espace germanophone était déjà très étendu bien avant que l’Allemagne soit un État. Comment envisagez-vous, en tant que Belge, la relation entre la langue et l’identité ?

Une enquête récente de la Vrije Universiteit Brussel révèle que seulement 5 % des Bruxellois s’identifient en premier lieu comme francophones et 1.5 % comme francophones, alors que plus de 54 % s’identifient en premier lieu comme citoyens de leur commune ou de Bruxelles. J’estime, peut-être un peu en tant que Belge mais certainement en tant que Bruxellois, que c’est très bien ainsi. Dans le monde qui est aujourd’hui le nôtre, il importe en effet plus que jamais que nos identités politiques ne soient pas ethniques — que l’ethnie se définisse par la race, la langue ou la religion — mais territoriales. Une identité politique doit pouvoir être pleinement partagée par toutes celles et tous ceux qui cohabitent dans un territoire et y forment une communauté de destin.

Ceci n’enlève rien à l’importance du partage d’une langue — ou, exceptionnellement, comme à Bruxelles, de plusieurs langues — pour qu’une communauté politique, puisse bien fonctionner, ni donc à la légitimité d’exiger l’apprentissage de cette langue pour quiconque veut s’installer durablement dans le territoire concerné. Mais la langue n’est ici qu’un instrument essentiel de communication, de coordination, d’argumentation, d’exhortation, de mobilisation. Elle n’a pas la prétention d’être constitutive de l’« âme » d’un peuple, de son identité profonde, de son essence éternelle. Heureusement, elle n’a pas besoin d’être tout cela pour qu’on l’aime, ni pour qu’on admire la pensée qui s’y exprime, ni pour qu’on apprécie les gens qui la parlent.

Avec votre famille vous parlez néerlandais, français, anglais et italien. Parlez-vous aussi l’allemand ? Il n’y a aucune langue que j’aime autant prononcer que l’allemand, il n’y a aucun penseur qui y ait eu autant d’impact sur mon adolescence que Friedrich Nietzsche, et il n’y a rien que je puisse reprocher davantage à mes nombreux amis germanophones que de parler si bien et si volontiers l’anglais qu’ils m’empêchent d’entretenir mon allemand.

Source:

http://www.goethe.de/ins/be/bru/kul/dub/spr/fr11893431.htm

Vidéo:

Vidéo:

http://www.rts.ch/video/info/journal-19h30/5893789-les-enfants-belges-ne-sont-pas-obliges-d-apprendre-une-langue-nationale-comme-seconde-langue.html

Vidéo:

http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/video-belgique-une-ville-flamande-bannit-le-francais-de-la-mairie_405197.html

Vidéo:

http://www.lalibre.be/actu/belgique/la-connaissance-du-francais-au-plus-bas-en-flandre-53f4226e35702004f7e03313

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