Les Papillons

papillonsGérard de Nerval

Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval : Poète français né à Paris le 22 mai 1808 et mort dans la même ville le 26 janvier 1855. Fils d’un docteur qui avait servi dans la grande armée et fait notamment la campagne de Russie, et qu’il ne voulut d’ailleurs jamais reconnaître pour père, car il se prétendait fils de Napoléon Ier, il fut élevé à la diable mais suivit néanmoins quelques classes au collège Charlemagne. Il débuta dans la littérature par une traduction du Faust de Goethe qui plut fort à l’auteur. Puis il entra au Mercure de France, réussit à faire jouer une comédie : Tartufe chez Molière, et présenta vainement à l’Odéon une autre comédie : Le Prince des Sots et un drame à panache, Charles VI. Il se remit alors aux traductions. Vers 1830, il s’éprit follement de la fameuse Jenny Colon qui ne fit que rire de sa passion. Très malheureux, il voyage en Italie et dissipe en peu de temps une petite fortune provenant de sa mère et qu’il avait recueillie à sa majorité. Il ne parvient pas à oublier Jenny dont la mort le plongea dans le désespoir le plus violent. Il courut l’Italie, l’Allemagne, la Hollande et poussa jusqu’en Orient. Dès 1841, il est atteint d’accès de folie. Soigné par le docteur Blanche, il revint à la raison et, pendant dix ans, il continua d’écrire des livres dignes des meilleurs esprits et dans les journaux et les revues, notamment dans La Presse où il rédigea avec Théophile Gautier le feuilleton dramatique, des articles extrêmement remarquables. Le 26 janvier 1855, à six heures du matin, on découvrit son corps pendu aux barreaux d’une grille qui fermait un égout dans une rue infecte, débouchant sur la place du Châtelet, la rue de la Vieille-Lanterne, qui a disparu depuis. Ses amis voulurent croire qu’il avait été assassiné par des rôdeurs, car ses habitudes vagabondes l’entraînaient dans les pires bouges, mais il est plus que probable qu’il s’est suicidé. Il vivait depuis longtemps dans une sorte de rêverie qui lui procurait les sensations les plus extraordinaires. Peut-être s’en est-il éveillé par cette froide nuit de janvier ou, par la bise, il avait longtemps erré à la recherche d’un asile et, échouant à la porte d’une maison borgne, a-t-il préféré la mort à ce qu’il appelait l’horrible réalité. On peut citer comme une des choses les plus poignantes qui soient la lettre qu’il adressait à un fonctionnaire de l’Instruction publique pour lui dire que 300 fr. lui suffiraient parfaitement pour passer l’hiver. On lui fit à Notre-Dame des funérailles décentes, et deux de ses amis, Théophile Gautier et Arsène Houssaye, lui achetèrent par la suite une concession au cimetière du Père-Lachaise.

Source:

http://www.eternels-eclairs.fr/biographie-gerard-de-nerval.php

Gérard de Nerval, Les Papillons

I

De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu’aimez-vous mieux ? – Moi, les roses ;
– Moi, l’aspect d’un beau pré vert ;
– Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
– Moi, le rossignol qui chante ;
– Et moi, les beaux papillons !

Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau !…

Quand revient l’été superbe,
Je m’en vais au bois tout seul :
Je m’étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d’eux à son tour,
Passe comme une pensée
De poésie ou d’amour !

Voici le papillon “faune”,
Noir et jaune ;
Voici le “mars” azuré,
Agitant des étincelles
Sur ses ailes
D’un velours riche et moiré.

Voici le “vulcain” rapide,
Qui vole comme un oiseau :
Son aile noire et splendide
Porte un grand ruban ponceau.
Dieux ! le “soufré”, dans l’espace,
Comme un éclair a relui…
Mais le joyeux “nacré” passe,
Et je ne vois plus que lui !

II

Comme un éventail de soie,
Il déploie
Son manteau semé d’argent ;
Et sa robe bigarrée
Est dorée
D’un or verdâtre et changeant.

Voici le “machaon-zèbre”,
De fauve et de noir rayé ;
Le “deuil”, en habit funèbre,
Et le “miroir” bleu strié ;
Voici l’”argus”, feuille-morte,
Le “morio”, le “grand-bleu”,
Et le “paon-de-jour” qui porte
Sur chaque aile un oeil de feu !

Mais le soir brunit nos plaines ;
Les “phalènes”
Prennent leur essor bruyant,
Et les “sphinx” aux couleurs sombres,
Dans les ombres
Voltigent en tournoyant.

C’est le “grand-paon” à l’oeil rose
Dessiné sur un fond gris,
Qui ne vole qu’à nuit close,
Comme les chauves-souris ;
Le “bombice” du troëne,
Rayé de jaune et de vent,
Et le “papillon du chêne”
Qui ne meurt pas en hiver !…

Voici le “sphinx” à la tête
De squelette,
Peinte en blanc sur un fond noir,
Que le villageois redoute,
Sur sa route,
De voir voltiger le soir.

Je hais aussi les “phalènes”,
Sombres hôtes de la nuit,
Qui voltigent dans nos plaines
De sept heures à minuit ;
Mais vous, papillons que j’aime,
Légers papillons de jour,
Tout en vous est un emblème
De poésie et d’amour !

III

Malheur, papillons que j’aime,
Doux emblème,
A vous pour votre beauté !…
Un doigt, de votre corsage,
Au passage,
Froisse, hélas ! le velouté !…

Une toute jeune fille
Au coeur tendre, au doux souris,
Perçant vos coeurs d’une aiguille,
Vous contemple, l’oeil surpris :
Et vos pattes sont coupées
Par l’ongle blanc qui les mord,
Et vos antennes crispées
Dans les douleurs de la mort !…

Source:

http://www.poetica.fr/poeme-606/gerard-de-nerval-les-papillons/

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